Les parfums ont-ils un sexe ?

Les parfums ont-ils un sexe ?

Pour femmes, for men… Impossible de trouver une fragrance qui ne soit pas estampillée « homme » ou « femme ». Sans parler des unisexes, parfums androgynes improbables.

Et si, malgré ces codes, nous venait l’envie de faire ce qui nous plaît ? D’ailleurs, cette classification a-t-elle vraiment lieu d’être ?

Mon parfum ? Habit rouge de Guerlain, dit Dalila, 32 ans, ultra-féminine et très loin du look camionneur. Je sais que c’est une fragrance masculine mais elle me plaît. Elle est chaude, épicée, presque rassurante, enveloppante. Mon amoureux trouve que l’odeur me va bien, qu’elle me ressemble. Je m’y sens à l’aise et j’y suis fidèle depuis onze ans. » En voilà une qui semble avoir choisi son parfum de façon très instinctive et naturelle. Pourtant, Dalila fait partie d’une minorité d’acheteurs qui parvient à dépasser les représentations liées aux senteurs, à savoir que certaines seraient plus masculines et d’autres plus féminines. Mais ces distinctions ont-elles lieu d’être ? Les parfums auraient-ils donc un sexe ?

Une question de culture

Traditionnellement, il existe des notes féminines (fleuries, sucrées comme le jasmin, la rose, le muguet) et des notes plus masculines (par exemple, les fougères, ces mélanges de mousse, de chêne, de lavande, de géranium et de bois) », explique Alain Astori, parfumeur chez IFF (International Flavors & Fragrances). Un code né au début du xxe siècle, notamment sous l’impulsion de René Coty, père de la parfumerie moderne « qui a créé des jus et les a peu à peu attribués à un sexe, raconte Frédéric Malle, créateur des Éditions de parfums. Et comme à cette époque, déjà, les parfumeurs se copiaient, on s’est enfoncé dans une espèce de conformisme».

C’est en effet à ce moment-là que la culture des parfumeurs se forge et que le métier détermine doucement ses règles, ses usages et ses normes. Petit à petit, les parfums sont donc rangés dans des cases. Et dès lors, les consommateurs s’imprègnent eux aussi de ces « étiquettes ». Jusqu’à aujourd’hui, où ces distinctions sont tellement ancrées en nous qu’un homme fleurant bon la rose serait instinctivement soupçonné d’homosexualité. Marqués dès notre enfance par des notes olfactives classées en deux catégories (maman sent la fleur et le fruit, papa sent le musc et les notes vertes), nous n’envisageons que très rarement la possibilité de sortir de ce cadre. Pourtant, il semblerait que nous ayons fait fausse route. D’ailleurs, dans d’autres cultures, le parfum est beaucoup moins assujetti à ces codes. « Au Japon, j’ai déjà senti des hommes qui portaient des féminins tels que Fidji de Guy Laroche, remarque Alain Astori. Peu d’hommes oseraient en Europe ! Pourquoi ? Parce que les Japonais ont une culture du parfum plus récente que la nôtre. Ils sont donc moins figés dans leurs choix. »

Autre raison qui nous empêche de nous éloigner du schéma homme/femme : le marketing. Ou plus exactement, la représentation du parfum donnée au public. « La publicité plaque une image sur une odeur, explique Frédéric Malle. Et ainsi, beaucoup ont l’idée qu’un parfum est très féminin à cause du visuel qui lui est associé, visuel qui ne correspond pourtant pas forcément à la réalité olfactive du produit. » Quelle femme oserait porter un jus vendu comme celui d’un homme aux abdos en plaquettes de chocolat et aux biceps gonflés ? Quel homme achèterait un flacon rose, doré et rond, dont l’image publicitaire est une femme nue et lascive fondant dans les bras de son amant ? Pourtant, certains jus déclinés en version féminine et masculine ne présentent que d’infimes différences dans leur composition. « En réalité, il n’y a parfois que la boîte qui change !, poursuit Frédéric Malle. Mais la démarche est la suivante : en terme de commerce, il faut écrire “pour monsieur” ou “pour madame” parce que beaucoup de gens ont un cheminement intellectuel qui diffère de leur réaction primitive et qui est le suivant. Ils se disent : “Je dois séduire”, donc je dois, par exemple, afficher ma virilité. Ils choisissent alors un parfum vendu comme viril et reconnu comme tel par les autres».

difference parfum homme femme

Mais Frédéric Malle va plus loin. Car d’après lui, « une fois qu’ils ont choisi leur flacon et qu’ils apprécient vraiment le jus, ce sont leurs sens et non leur cerveau qui parlent. Et ce qui leur plaît, c’est en fait l’odeur sexuelle». Eh oui, tous les parfumeurs l’affirment : si le parfum n’a pas de sexe, il est ou non l’odeur du sexe !

Peau et parfum, l’alchimie…

Il existe, en effet, des odeurs plus ou moins sensuelles et animales : le musc, l’ambre, le son, la vanille très concentrée, le cuir, le tabac. « Les matières s’expriment différemment sur la peau d’un homme ou d’une femme. Mais ces parfums n’ont pas de sexe. Ils sont sexuels. Ils exhalent le côté sexuel, le caractère unique de chaque individu », explique Victoire Gobin-Daudé, nez et créatrice de sa marque. « Les orientaux, les chypres, ces parfums-là sont des parfums d’échange qui disent “je suis désirable “, qui donnent l’impression qu’ils sortent de votre peau. C’est une espèce d’amplificateur de votre odeur, un peu arrangée », renchérit Frédéric Malle. Et la clé de cette alchimie magique, c’est notre peau et nos fameuses phéromones.

Par Marie Pavlenko

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